On en a parlé! C'est peut-être un succès mais certainement pas une réussite. Le débat organisé et animé (animé, c'est le mot, quoiqu'un peu faible!!!) par Arlette Chabot a dérapé. Pain bénit pour les commentateurs politiques qui ont pu s'en donner à coeur joie et pour les participants qui ont ainsi eu l'occasion, le lendemain, de donner des interviews pour se justifier.
Arlette était consternée, la pauvre! Elle l'a expliqué sur Canal Plus: la réalité a dépassé tous ses espoirs. Pourtant, elle avait bien organisé son spectacle, la mise en scène était peaufinée; elle avait attribué les places sur le plateau (sur le ring?) et décidé du conducteur pour que les étincelles jaillissent presque à coup sûr.
Dès le départ Arlette avait donc tout faux.
S'il était admissible à la rigueur d'opposer Martine Aubry à Xavier Bertrand ("à la rigueur" car si celui-ci comme celle-là représentent les deux partis les plus importants au niveau national, on oubliait ainsi qu'on parlait d'élections européennes), il était saugrenu de mettre face à face Marine le Pen et Philippe de Villiers ou Jean-Luc Mélenchon et Olivier Besancenot pour essayer de les amener à exprimer des oppositions là où il n'y a que des différences.
Mais le plus imbécile (pardon Arlette, je ne trouve pas d'autre mot) a été de faire débattre Daniel Cohn-Bendit et François Bayrou. Pourquoi eux? Parce qu'ils incarnent deux visions opposées de l'Europe? Non! Tous deux sont des européens convaincus. Ils ont d'ailleurs soutenu le "Oui" au référendum sur le traité constitutionnel. Et leurs positions ne sont pas si éloignées qu'on veut bien le faire croire. Alors pourquoi?
Tout bêtement parce que les sondages indiquent qu'ils se talonnent pour occuper la troisième place! Et parce que -à cause de cette compétition à l'intérieur de la compétition-, ils se sont, depuis quelque temps, lancé des piques par journalistes interposés.
Un vrai débat eût été de mettre tout le monde sur un pied d'égalité sans prendre en considération le poids électoral de chacun. Car il s'agissait de confronter des projets et d'exprimer des idées et non pas de conforter un classement. Classement qui a purement et simplement éliminé les représentants de certaines listes. En effet, pourquoi le NPA et le Front de gauche et pas LO? Pourquoi Europe Ecologie et pas l'Ecologie Indépendante? Encore les sondages! Et pourquoi d'autres listes (dont certaines sont -à mes yeux- farfelues) n'ont pas été invitées à s'exprimer? Encore les sondages! Pour Arlette, ce sont les sondages qui en dernier ressort sont la pierre de touche de la démocratie audio-visuelle;
Sous couvert d'objectivité, France 2, sous l'autorité de sa directrice (de quoi? j'ai oublié) a donc organisé un débat faussé avec comme ambition d'en faire un spectacle. De ce point de vue c'est réussi. Trop, certainement. Ce n'est donc qu'hypocritement que la belle Arlette s'en plaint. Elle a fait de l'audience et c'est l'essentiel.