Pendant que les Argentins disputaient "amicalement" un ballon aux Français sur TF1, que Mazarin couchait avec sa reine sur France 2, France 3 diffusait discrètement "Pièces à conviction" une enquête sur la gestion calamiteuse des déchets radio-actifs disséminés en toute inconscience (c'est ce qu'on a cru au début de l'émission) et en toute connaissance de cause (ce qu'on a très vite compris) par AREVA.
On a vu défiler un spécialiste d'AREVA soigneusement déguisé en post baba-cool vantant le soin apporté à la réhabilitation de sites gravement pollués, une dame responsable de la qualité de l'eau potable de Limoges qui ne semblait pas vraiment au courant du problème, un député PS "spécialiste du nucléaire" et rédacteurs des lois qui l'encadrent qui ignorait que le radium présentait un danger, le président de l'organisme d'état chargé du problème affirmer que mettre des grillages interdisant l'accès des promeneurs à un site de décharge de boues contaminées était une mesure "précipitée" (le site est utilisé depuis vingt ans!), une autre député PS qu'on a tenté par tous les moyens de faire taire et qui a vu que son rapport gênant pour AREVA était totalement ignoré.
On a vu des fûts crevés abandonnés dans les broussailles, un site sécurisé commandé par une grille qu'on pouvait ouvrir avec une carte de crédit, on a vu un avocat stupéfait au sortir d'un procès reconnaître que la loi était rédigée afin que la pollution par matière radio-active ne puisse être sanctionnée. On a vu une ex-ministre de l'environnement avouer qu'elle ne pouvait obtenir de réponse de l'administration compétente et que -de guerre lasse- elle avait dû réitérer ses questions par lettre recommandée avec accusé de réception ("procédure inhabituelle", a-t-elle souligné ironiquement).
On a appris que c'était AREVA elle-même et non pas un organisme d'état qui faisait les relevés de radio-activité (petite chose amusante, les relevés sont faits "à un mètre du sol" et non pas au contact des déchets eux-mêmes; tant pis pour les enfants et pour vos pieds!); que pour se débarrasser des"stériles" (roches radio-actives extraites des mines d'uranium ), AREVA les proposait à qui les voulait pour faire du remblai aux particuliers comme aux collectivités locales et aux administrations. C'est ainsi que les rues de certains villages, des routes, des parkings, des installations industrielles, des stades, des centres de loisirs font hurler les compteurs Geiger bien au-delà de ce qui est toléré. Que les normes internationales et les contrôles qui doivent en être faits sont ignorés ou corrigés pour coller à la réalité. Que l'on pouvait visiter un site avec un guide d'AREVA mais que revenir se promener aux alentours avec une caméra déclenchait l'arrivée rapide de quelqu'un qui vous explique "qu'il ne faut pas rester là". Que des camions chargés de déchets viennent la nuit continuer à décharger dans des endroits discrets.
On a appris, on a appris, on a appris ... si, bien sûr, on n'a pas regardé le foot au même moment.
Comme on peut le constater, AREVA se lance dans la programmation télé. Efficacement.