Les nouvelles qu'on nous donne, ce qu'on peut en faire et en penser sans laisser passer une occasion de ricaner. Et la vie quotidienne, ses hauts et ses bas. Pas vraiment politiquement correct et rarement consensuel.
Quel rapport entre Julien Coupat, maintenu en détention pour terrorisme, et cette infirmière qui avoue un homicide par imprudence et dont la garde à vue est prolongée?
"Aucun", me direz-vous, "sinon qu'ils sont tous les deux sous les verrous. Entre la mort d'un enfant et la dégradation de caténaires, il y a une marge d'une telle ampleur aussi bien du point de vue de la gravité de la conséquence que de la nature du "crime", qu'il est difficile de trouver un point commun aux deux affaires".
Et pourtant les points communs crèvent les yeux. Il ne faut pas les chercher chez les "coupables" (les guillemets sont de rigueur) mais chez ceux qui les gardent derrière les barreaux et en particulier dans leurs motivations.
La motivation médiatique
En maintenant en garde à vue l'infirmière, on montre de la compassion pour la petite victime et pour ses parents. Le pouvoir se montre humain! Qu'on se le dise! Mais aussi on flatte l'opinion facilement émue par la mort d'un enfant à Noël. Et puis on glisse, comme ça, en passant mais en restant "politiquement correct", que c'est aussi dans l'intérêt de l'infirmière, "pour la protéger". Mais de qui? Des parents et amis du petit garçon qui pourraient se venger en s'en prenant physiquement à elle? Nous suggère-t-on de penser qu'on a peur d'émeutes dans les "banlieues difficiles" compte tenu de l'origine ethnique de la victime? On est libre de comprendre ce qu'on veut. Ce qu'on ne dit pas, c'est, bien sûr, que cette garde à vue, prolongée qui plus est, ne se justifie en rien. Certes, elle est prévue par le code de procédure pénale. Mais ce qui est aussi prévu, ce sont les raisons de l'utiliser, raisons qu'on ne trouve pas ici. Les juristes s'étonnent poliment, les syndicats protestent. Et Roselyne Bachelot, mal conseillée par ses communicants vient essayer de faire son intéressante dans les médias en arrivant après la bataille avec son enquête administrative. Va donc, hé! Ministre de la Santé!
En prolongeant la détention de Julien Coupat, on tente de détourner l'attention des Français de leur quotidien difficile et de leur avenir sombre (et le pouvoir en place y est pour quelque chose) en focalisant l'attention des médias avides de scoops sur une menace terroriste venue de "l'ennemi de l'intérieur". On est bien protégés. Le message officiel insiste sur l'efficacité des "services" qui surveillaient des citoyens (un mouchard sur leur voiture! Et pourquoi pas sur celle de l'auteur de ces lignes ? Ou sur la vôtre, vous qui les lisez?) pour la seule raison qu'ils avaient participé à des manifestations et exprimaient des opinions non orthodoxes par rapport à l'idéologie dominante. On en rajoute une couche, ici aussi par la bande, pour flatter le populo: Coupat est un intellectuel qui a fait de brillantes études. En plus c'est un gosse de riches qui joue à l'épicier. Pas clair, tout ça! Il n'en demeure pas moins que rien n'a été prouvé et que si ça l'est un jour, les morceaux de ferraille sur des câbles électriques relèveraient aussi bien du point de vue des faits que de leurs conséquences de la simple dégradation ou du vandalisme. Une détention pour ça! Et on nous dit que les prisons sont surpeuplées!
L'arbitraire érigé en principe
Mais le pouvoir, dans ces deux affaires, diffuse aussi un autre message: personne n'est à l'abri de ses décisions. Car tel est son bon plaisir. Que ce soit pour l'infirmière en garde à vue ou pour Julien Coupat en détention, le pouvoir veut prouver qu'il peut frapper très fort. Que ce soit pour se faire mousser ou pour détourner l'attention de ses carences ou même juste pour montrer que c'est lui qui tient le manche, surtout pour ça d'ailleurs. La contestation menace avec la crise qui s'aggrave? Un claquement de fouet et ceux qui seraient tentés de se singulariser y réfléchiront à deux fois. Le dressage en férocité en quelque sorte. Vous êtes prévenus.
Dernier point: le PS fait part de son étonnement au sujet de la prolongation de la détention de Julien Coupat. Gros malins! Ils ont oublié les "Irlandais de Vincennes"?
Ceux qui n'ont pas fait de latin (les pauvres!) trouveront la traduction du titre de cet article dans les pages roses de leur petit Larousse.
Et bonjour chez vous!