Sur France-Info, le dimanche, juste avant dix-huit heures trente, Michel Serres "cause dans le poste" pour nous expliquer, selon le titre de sa chronique, "le sens de l'info". C'est de la philo niveau France-Info, mais dans ma campagne, quand je reviens de la ville, c'est la seule station audible.
Hier, le sujet était la corrida. Serres "ne prenait pas position" mais tout le sens de son propos était en faveur des courses de taureaux. En gros, il fallait remonter aux religions antiques, Mithra et compagnie, au sacrifice d'Abraham qui a tué un bélier plutôt que son fils et a fait franchir à l'homme une étape vers l'humanité. Et gnagnagni et gnagnagna et patin-couffin, tous les poncifs ont défilé en quelques petites minutes y compris celui où on dit que le torero risque sa vie et qu' on abat des bovins pour la boucherie sans que cela suscite l'indignation.
D'abord, le torero n'est pas obligé alors que le taureau, oui.
Ensuite on ne torture pas les animaux dans les abattoirs, il n'y a pas d'orchestre et on ne fait pas payer les places.
"Mais ça remonte à la plus haute antiquité", me direz-vous? Comme le cannibalisme, le viol et d'une manière générale la bêtise! Si l'antiquité est un gage d'authenticité pour une peinture ruspeste, ce n'est pas un brevet de moralité pour une pratique barbare.
Et pas pour la cervelle de Michel Serres (de l'Académie Française, pas étonnant!) qui nous affirme que le matador (tueur en bon français) enfonce sa muleta là où Abraham a enfoncé son couteau.
Sauf que la muleta est la cape qu'utilise le torero!
Comme disait De Gaulle à propos de Pétain (de l'Académie française, lui aussi): "La vieillesse est un naufrage".