Ce matin sur France-Culture un avocat est venu parler du livre qu'il vient de publier. Le titre, Museum connection, laisse entendre que le patrimoine artistique et culturel de la France se trouve plus souvent qu'on ne le croit entre les mains de personnes incompétentes ou malhonnêtes qu'entre celles d'irréprochables serviteurs de l'Etat.
Un rapport pour l'instant toujours confidentiel malgré les promesses réitérées des ministres de la culture successifs de rendre public ses conclusions laisserait entendre que la proportion d'objets appartenant au patrimoine national portés "manquants" se situe entre 14 et 20%. Sans compter ceux dont on ignore même qu'ils ont disparu.
"Manquants", c'est-à-dire égarés par incurie ou tout simplement "pas perdus pour tout le monde". Dans quelques cas très exceptionnels, des plaintes sont déposées. Elles aboutissent encore plus exceptionnellement. On se souvient de cette dame qui vendait les monnaies dont elle avait la garde ou de ce conservateur de bibliothèque qui envoyait dans des salles des ventes américaines les manuscrits sur lesquels il était censé veiller.
Mais le cas le plus courant c'est le prêt de tableaux, de statues, de tapisseries, de meubles et autres objets d'art destinés à orner des locaux officiels appartenant aux services de l'Etat ou à des collectivités locales et qui se retrouvent (ou plutôt se perdent) au domicile de l'occupant des dits locaux pour ne plus jamais réapparaître. Ceux qui sont au courant ferment les yeux pour éviter des ennuis préjudiciables à leur carrière ou pour ne pas mettre un collègue dans l'embarras. Le Mobilier national est ainsi mis à "contribution" mais aussi la Bibliothèque nationale, le Centre Pompidou, l'Institut du monde arabe etc.
Juste un exemple : celui d'un ambassadeur de France dans un pays scandinave qui, appréciant particulièrement certains meubles d'époque en a fait faire des copies et a embarqué les originaux à l'occasion de son changement d'affectation. "De très bonnes copies", dit l'auteur du livre en ricanant.