Les nouvelles qu'on nous donne, ce qu'on peut en faire et en penser sans laisser passer une occasion de ricaner. Et la vie quotidienne, ses hauts et ses bas. Pas vraiment politiquement correct et rarement consensuel.
La Sofres a réalisé un sondage sur les préoccupations des Français pour le quotidien La Croix et Covea Finance, une société de gestion de fonds de mutuelles d'assurances (Dieu seul sait pourquoi, plus que d'autres, les gestionnaires de Sicav, d'OPVCM et autres fonds communs de placements ont besoin de connaître l'évolution des préoccupations des Français!).
Ce sondage a été fait "en face à face" auprès d'un échantillon représentatif de la population. En fait, cet échantillon est surtout représentatif des gens qui acceptent de répondre à un sondage. Ceux qui sont passés par là savent de quoi je parle.
Les sondés devaient indiquer ce qui les préoccupait "personnellement le plus".
Médaille d'or : le chômage et l'emploi
Médaille d'argent: le financement des retraites
Médaille de bronze la qualité des soins
Viennent ensuite le pouvoir d'achat, l'école et en sixième et septième position deux autres sujets dont on ne parle pas dans la dépêche de l'AFP que j'ai lue (et reprise hier sur France-Inter). Tant pis pour ceux que ça préoccupait "personnellement le plus"! Ils peuvent crever. Leurs réponses n'intéressent pas les commentateurs.
En revanche, ce qui les intéresse, c'est que le financement des retraites prouve que le gouvernement a réussi à faire accepter le principe d'une réforme (la droite se félicite) ou que la sécurité n'arrive qu'en huitième position dans l'ordre des préoccupations des Français. Une pierre dans le jardin de Sarko! (la gauche rigole).
Ce sondage a toutes les apparences du sérieux: la méthode est éprouvée et les chiffres sont précis.
Et pourtant ...
Demander à quelqu'un ce qui le "préoccupe le plus" revient à lui demander de faire un classement, de hiérarchiser ses "préoccupations". Son âge ou sa catégorie socio-professionnelle, pour ne citer que ces exemples, influeront sur sa réponse. C'est ainsi que l'on n'est pas étonné d'apprendre que les jeunes sont en majorité moins préoccupés "personnellement le plus" par leur retraite ou la qualité des soins qu'un quinquagénaire qui compte ses trimestres et qui a des soucis de santé ou qu'un fonctionnaire titulaire sera moins préoccupé par le chômage qu'un intérimaire.
C'est cette hiérarchisation qui constitue l'erreur fondamentale.
Car en réalité, les réponses que l'on obtient des sondés ne sont pas une hiérarchie des préoccupations mais une estimation des probabilités d'être concerné par un des soucis dont on leur propose la liste.
Pour dire les choses autrement, moins on risque d'être touché, moins on se préoccupe. Ce qui ne signifie pas que l'on considère que la catastrophe qui ne vous "préoccupe pas le plus" soit moins grave que celle que vous avez citée en premier.
Simplement que vous pensez que vous avez plus de chances de perdre votre emploi que d'être victime d'un viol en faisant votre jogging ou que vous estimez que le risque de mourir d'une maladie nosocomiale après une opération bénigne vous semble plus faible que celui d'être au chômage.
Manipulés, les sondages? Quelquefois, ce sont les sondages eux-mêmes qui sont des manipulations.
Mais l'essentiel n'était-il pas que la sécurité n'arrive qu'en huitième position dans les préoccupations des Français ou que les retraites soient un problème dont le gouvernement a raison de s'occuper?