Il y a bien longtemps, les guerres étaient simples, on se tapait gaillardement sur la gueule; le vainqueur brûlait les villes, abattait leurs remparts ("Delenda est Carthago"), pillait les palais et réduisait les survivants en esclavage. Je simplifie pour que tout le monde suive.
Ensuite est venue l'époque de la guerre "civilisée". Les armées se tapaient aussi joyeusement sur la gueule (avec plus d'efficacité grâce aux progrès techniques). Les batailles se terminaient par la victoire des armées d'un roi contre celles d'un autre roi (vous pouvez remplacer "roi" par "prince", "empereur ou même "président", c'est vous qui voyez). Les deux monarques, subitement rabibochés, se rencontraient ensuite pour signer un traité, on déplaçait des postes frontières, des provinces changeaient de souverain et, pour sceller la paix retrouvée, on mariait les rejetons des anciens ennemis (là aussi, je simplifie mais vous voyez ce que je veux dire).
Puis, la guerre moderne est venue. Pour que la victoire soit totale, il a fallu que la guerre le soit aussi. On a aplati l'Allemagne sous les bombes et atomisé le Japon.
Enfin est arrivée la guerre post-moderne. La France en Indochine, l'Amérique au Viet Nam, la France (encore elle!) en Algérie se sont aperçues que la guerre à l'ancienne était était devenue impossible, la guerre civilisée peu réalisable faute d'interlocuteur disposé à marier sa fille et que même la guerre moderne était devenue impossible. Les Viet Minh et les Viet Cong restaient vietnamiens quoi qu'on leur envoie sur la figure (et en plus ils se défendaient, les bougres!) et les Algériens encore vivants restaient algériens.
Plus près de nous les Irakiens ont une tendance post-moderne très affirmée malgré les efforts américains pour en rester aux techniques de la guerre moderne et mettre la main sur les ressources pétrolières (je simplifie, vous ai-je dit).
Nous voici arrivés à la guerre d'Afghanistan.
Et l'Afghanistan, c'est encore plus compliqué. C'est d'ailleurs étonnant ce que c'est compliqué, ce pays. Au début, il s'agissait de chasser les Talibans de Kaboul. Ce qui fut fait. Et de promouvoir la "démocratie" en attendant d'attraper Ben Laden et le mollah Omar. C'est là que ça s'est gâté. Les Talibans ont quitté Kaboul mais restent talibans. Un peu plus loin, c'est tout. Ils se promènent comme chez eux dans le pays. D'ailleurs, ne sont-ils pas chez eux? Ben Laden et le mollah Omar courent toujours. Les Tadjiks n'aiment toujours pas les Pachtouns qui n'aiment pas les Turkmènes qui n'aiment pas ... etc. Les seigneurs de la guerre sont toujours là. Le président qu'on a mis au pouvoir (très élégant! on ne peut pas lui enlever ça) a une notion très particulière de la démocratie; quant à son frère, il a un intérêt certain pour la culture du pavot et le commerce de ses dérivés.
Pour couronner le tout, il semblerait que, toutes ethnies confondues (aucun problème d'identité nationale chez eux), les Afghans ont assez vu les armées occidentales et le leur font savoir par tous les moyens.
C'est ce moment que choisit le président américain pour envoyer trente mille soldats en renfort. Et pourtant, il n'y a pas une goutte de pétrole en Afghanistan.
La mafia américaine voudrait-elle s'approprier l'opium afghan?