Jean Jouzel, climatologue, membre du GIEC, est un habitué du plateau de "C dans l'air" où il est invité pour parler de ce qu'il connaît très bien. C'est à dire du réchauffement climatique.
A l'approche du sommet de Copenhague, il avait en face de lui Christophe Barbier, directeur de la rédaction de "L'Express" et Laurent Cabrol, célèbre présentateur météo.
Barbier, tout à fait dans la ligne du canard qu'il dirige, cherchait et même trouvait des points positifs à la situation. Très adroitement, je l'avoue. Ses annonceurs n'auraient pas trouvé bon qu'il admette sans restriction les analyses du GIEC. Il cachait sa mauvaise foi en affichant une confiance enthousiaste dans un avenir radieux dont l'ingéniosité humaine (la même qui a produit la panade dans laquelle nous nous trouvons) trouvera bien, selon lui, le moyen de nous tricoter. Et en gagnant de l'argent, en plus! Le temps que les ravageurs de la planète se reconvertissent dans l'écologie sarkozienne. Ce qui ne saurait tarder.
Mais le pire, ça a été Cabrol. Il jouait là le beauf de service, celui qui confond tout, qui ne comprend ni les réponses qu'on lui fait, ni même les questions qu'il pose. "Climato-sceptique" selon l'expression (polie, à mon sens) qu'on commence à rencontrer. Son truc à lui: le "simple bon sens". Celui qui ne croit que ce qu'il voit et qui vous défie de lui prouver que le Soleil ne tourne pas autour de la Terre qui, c'est évident pour tout le monde, est plate.
Et là, je me suis dit "Bravo Jouzel!". Il n'a failli s'énerver qu'une fois et encore parce qu'il était personnellement attaqué. Le reste du temps, il s'est contenté du petit sourire en coin du type qui pense que son interlocuteur est plus à plaindre qu'à blâmer. Mais ce devait être dur pour lui. Ça l'aurait été pour moi, en tous cas.
Et puis je me suis interrogé: faut-il que les lobbies des pollueurs soient puissants pour obtenir de la télé d'état qu'on mette sur un pied d'égalité scientifique un savant de renommée mondiale et un clown?
Vous pensez que j'exagère? Je vais faire une comparaison.
Selon le même principe, si on devait débattre de la question "Le Père Noël est-il pédophile?", les marchands de jouets enverraient un débateur affirmer la haute moralité du personnage face à un mécréant qui soutiendrait que le Père Noël n'existe pas.
Débat équilibré, n'est-ce pas?