Ce matin, sur France-Inter, on nous a parlé du débat sur l'identité nationale lancé par Eric Besson. Qu'une bonne partie de la classe politique à gauche refuse d'y participer n'a pas retenu la station dans son élan "pédagogique" propre a mettre du baume au coeur du ministre. Pendant deux heures (de 7 à 9), divers intervenants nous ont donné leur sentiment sur la question. Enfin, pas vraiment pendant deux heures: il y a eu les infos, des pubs débiles, de la météo et des "pauses-musicales". Mais bon, on est sur France-Inter, il ne faut pas en demander trop non plus.
Ceux qui refusent ce débat et ne veulent pas répondre à la question "Pour vous, qu'est-ce qu'être français?", craignent qu'en définissant les Français on définisse a contrario ce qu'est ne pas être français.Qu'un Sénégalais au Sénégal ou un Chinois en Chine ne soit pas français, ce n'est pas choquant pour eux. Le problème arrive quand le Sénégalais ou le Chinois viennent s'installer en France, réclament "des papiers" et font des enfants qui deviennent français. Ils craignent alors que les résultats du débat (résultats qu'ils peuvent supposer biaisés) donnent des arguments à cette partie de leur électorat sensible à l'argument du "Français de souche" et qui, en 2002, a voté Le Pen au lieu de Jospin. Ne réveillons pas le chat qui dort! De l'identité nationale au nationalisme, il n'y a quelquefois qu'un pas que ne veulent pas risquer de franchir ceux qui au cours de l'histoire de leur courant de pensée ont eu des sympathies internationalistes et qui -litote!- ont vis-a-vis des problèmes de l'immigration des positions plus coulantes qu'Eric Besson.
Donc on a causé d'identité à la radio. L'opinion générale a été que l'identité française n'a pas trop de fondement contrairement à ce qu'on a pu dire autour de l'expression "Nos ancêtres les Gaulois".
Qu'a-t-on entendu?
Les peuples qui sont arrivés sur le territoire au cours des siècles depuis les Gaulois sont divers, les frontières ont fluctué, la langue française n'était pas la langue d'une grande partie de de la population il y a encore moins d'un siècle mais était déjà parlée dans d'autres pays. Et la conscience d'être "français" n'a été qu'un projet de la troisième République mis en oeuvre par l'Instruction Publique (défense de cracher par terre et de parler breton!), par la conscription et aidé par la Grande Guerre et son brassage de population (combien de "fusillés pour l'exemple", me demandé-je, comprenaient seulement ce qu'ils faisaient là et même comprenaient les ordres qu'on leur donnait?). Il n'y a là-dedans aucune base solide sur laquelle fonder une identité.
Mais ce n'a pas été un échec complet. Le patriotisme qui s'est manifesté pendant la seconde guerre mondiale en est la preuve.
Ce que j'aurais pu dire si on m'avait invité? Pourquoi ne m'invite-t-on jamais?
La France ne s'est pas construite sur la conscience d'appartenir à un peuple mais sur la possession par le pouvoir royal et par les différents régimes qui lui ont succédé de territoires et, partant, de l'autorité que conférait cette possession sur leurs habitants.
Les guerres ont donné lieu à des modifications territoriales, les victoires augmentant le nombre de sujets du roi, de l'empereur ou de citoyens de la République, les défaites en diminuant le nombre. La Corse a été achetée puis conquise militairement. Nice a été rattachée à la France (pauvre Garibaldi, niçois qui avait combattu pour l'unité italienne!). Plus récemment encore, la Sarre est devenue allemande et l'Algérie de "Dunkerque à Tamanrasset", malgré ses trois départements, est, avec tous ses habitants, devenue algérienne.
Il reste encore des peuples en France: Basques partagés entre la France et l'Espagne, Corses, Occitans, Bretons. Il y a aussi les immigrés récents qui ont gardé un lien très fort avec leur pays d'origine. Ceux qui peuvent s'en réclamer ont une identité nationale. Les autres? Les autres sont le produit des mariages dûs à l'exode rural et à l'immigration. Mélanges récents, ils sont alors par exemple "de père breton et de mère espagnole". Pour les autres, ils sont simplement citadins ou bien, habitant un de ces départements que la Révolution a dessinés pour briser les provinces, ils sont Altiligériens ou Euraliens (!), remplaçant le sentiment d'appartenance par un chauvinisme qui frise quelquefois le ridicule à moins qu'ils ne reportent leur besoin d'appartenance sur un club de foot.
Comment sont-ils Français tous ces Français? Il habitent en France ou -expatriés provisoirement- y reviendront un jour. Ils ont un passeport français. Ils paient des impôts à l'Etat français. Le service militaire a été supprimé. Heureusement disent certains qui redoutaient de voir arriver sous les drapeaux des jeunes issus de quartiers sensibles.
Le patriotisme est devenu ridicule. La langue se délite. La classe politique est objet de méfiance. Il n'y a plus d'identité nationale au sens où le voudrait Eric Besson.
Le pouvoir a besoin de se rassurer de regrouper son troupeau, d'asseoir son autorité sur une adhésion et de dire que la majorité a défini son "unité nationale" et sait ce qu'est être français.
D'où le débat. Un débat soigneusement "modéré" (j'en ai fait l'expérience) auquel ne participeront pas les opposants à son principe et dont seront exclus (modération, modération) ceux qui seraient trop déviants.
La conclusion s'impose: grâce à Eric Besson on saura que les Français considèrent que la langue fait partie de leur identité (comme si elle n'était pas parlée aussi ailleurs!), que nous sommes attachés à la démocratie (les autres pays sont des dictatures?) et que nous avons une "communauté de destin". c'est ce qui fait notre "spécificité" (défense de ricaner!) et que donc les "bons Français", fortes têtes mais bon coeur, sont fiers d'être ce qu'ils sont.
Les autres, ceux qui ont refusé de répondre ou qui ont été "modérés" ne seront pas comptés.
Ce sont de "mauvais Français". La preuve: ils n'aiment pas notre président.
Merci qui? Merci Eric Besson!