Il y a moins de dix ans, dans le petit village où je réside, il y avait encore un bureau de poste. Une postière bien gentille y accueillait les clients le matin et l'après-midi sauf le samedi. Une camionnette venait relever le courrier en partance et apporter le courrier à distribuer qu'une factrice à temps partiel venait, en début de matinée, déposer en vélo dans les boîtes à lettres.
Et comme la perfection n'est pas de ce monde, une "conseillère financière" venait, une fois par semaine, persuader les locaux d'investir dans les produits financiers de la Poste.
La factrice a pris sa retraite, les horaires d'ouverture ont été réduits, la poste n'a plus été ouverte que le matin, elle a été fermée le samedi, puis le mercredi et enfin elle a définitivement fermé.
Maintenant, c'est un facteur en voiture qui fait les tournées, le courrier est distribué de plus en plus tard sauf le lundi, jour où il n'est plus distribué du tout.
Un "point poste" a été installé à la mairie, ouverte tous les jours matin et après-midi sauf le samedi et sauf -bien sûr- pendant les vacances de la secrétaire.
La commune perçoit une participation de la Poste pour assurer le service. Mais c'est un service à temps partiel, deux heures par jour seulement.
La secrétaire ne vous vendra pas un timbre en dehors de ces deux heures-là. C'est normal! Elle n'est pas payée pour ça!
Dernière précision, la population du village n'a que peu varié pendant ces huit ans: quelques habitants de plus.
Le bureau de poste le plus proche se trouve à quatorze kilomètres. Il y a presque toujours la queue.
Les élus locaux, toujours prêts à courir derrière le "progrès" se sont démenés pour que s'installe dans leur canton un supermarché. Ce qui a entraîné la fermeture d'une charcuterie, d'une boucherie, de deux épiceries et d'une boulangerie et, pour les habitants du coin, quinze bornes pour aller faire ses courses.
Jusqu'à la dernière guerre, un tortillard arrivait jusqu'au village: on pouvait le prendre pour aller à la ville. Sur ses wagons, on chargeait le bois qu'on exploitait dans la forêt voisine. Maintenant des camions ont pris le relais.
C'est ce qu'on appelle de l'aménagement du territoire.
Heureusement est arrivée ... la taxe carbone! Vous savez bien, cette taxe que, pour notre bonheur, une commission d'experts présidée par Michel Rocard nous a tricotée.
Michel Rocard, un expert! Ne fut-il pas ministre du Plan et de l'Aménagement du Territoire?