Ce que j'ai appelé dans un récent commentaire "presse féminine" en lui décernant le qualificatif de "totalitaire" n'est pas à prendre au sens large. Je ne vise pas la presse "lue principalement par des femmes" mais seulement une partie de celle-ci. Je ne parle donc pas de la presse pratique (recettes de cuisine, conseils d'hygiène et de santé, décoration, jardinage, loisirs créatifs, psychologie familiale etc), ni de la presse people ou sentimentale (la presse de rêve) mais des magazines (ou des rubriques de magazines) qui véhiculent une idéologie, qui édictent des impératifs, qui proposent des buts à atteindre et des recettes pour s'en approcher au plus près.
Le tout sans aucun rapport avec la réalité.
Le mensonge est fondé sur l'existence d'une femme idéale, non pas parce qu'elle possède au plus haut point des qualités que l'on reconnaît ou qu'on décrète "féminines" mais parce qu'elle n'existe que sur les pages de ces magazines, où elle encourage celles qui la prennent comme modèle à obéir à des impératifs absurdes, à poursuivre des buts irréalistes et à appliquer des recettes inefficaces quand elles ne sont pas en plus hors de prix.
A rapprocher d'autres idéologies religieuses ou politiques, de leurs promesses (vie éternelle, lendemains qui chantent, réincarnation, pardon des péchés, enfers et paradis divers) et des rites qu'elles imposent.
C'est le domaine de la pensée magique, des horoscopes, des adolescentes à peine pubères qu'on érige en canons de beauté pour celles qui ont l'âge d'être leurs mères, des femmes d'affaires qui mènent de front carrière professionnelle et vie familiale (en délégant à d'autres femmes le soin de s'occuper des enfants), des produits-miracles et surtout des conseils pour ressembler à leurs modèles.
C'est le domaine de celles "qui ne font pas leur âge" et à qui "on donnerait dix ans de moins".
C'est le domaine de ce qui vient de sortir, de ce qui est nouveau, révolutionnaire, à la mode et pas seulement la mode vestimentaire, non la mode de tout, des mots à prononcer, des régimes à s'imposer, des opérations à subir, des opinions à avoir sur elles-mêmes.
Cette femme idéale n'y est QUE féminine et totalement féminine sans être humaine. C'est en ce sens que la presse qui la célèbre est -à mon sens- totalitaire.
Elles n'y croient pas, vous affirmeront ces dames. Elle feuillettent ces revues chez le coiffeur. Pour passer le temps.
Voire! Elle vous soupçonnent même de les prendre pour les naïves qu'elles ne sont pas. Et c'est vrai. Comme pour toutes les idéologies, il y a les fanatiques, les tièdes et même les mécréants qui font semblant.
Mais interrogez-vous sur les publicités que recèlent ces magazines. Si personne n'y croyait, les trouverait-on là? Et les annonceurs qui paient très cher les pages qu'ils achètent, seraient-ils aussi prospères? L'Oréal, pour ne citer que cet exemple, serait-il une des valeurs vedettes de la Bourse?