Commes disent les commentateurs politiques "Pour les européennes, les grandes manoeuvres ont commencé". Les commentateurs se battent les flancs pour se passionner. L'Europe, c'est important, se répètent-ils pour mieux nous en convaincre. C'est même quelque chose! Il y en a même un qui, il y a quelques semaines, a cru que l'Europe c'était quelqu'un, lui en l'occurrence. Mais passons. Moi, je ne suis pas commentateur, juste ricaneur. Et il y a de quoi faire. Pour moi, la tâche est plus aisée.
Pour envoyer des députés au parlement, il faut faire des listes de candidats. Et là les différents partis sont à leur affaire. Faire des listes, distribuer des places, peser, pondérer, répartir, faire des péréquations, chercher des volontaires pour être "non-éligibles", équilibrer mâles et femelles sans tenir compte des entre-deux, intégrer les gloires locales sans vexer les vieux notables, vérifier que les parachutés ne se feront pas flinguer dès l'atterrissage, ne pas provoquer de scissions entre les courants et les sensibilités, tout ça les partis savent le faire. En y regardant bien, c'est ce qu'ils font de mieux, la cuisine. Le PS, le MoDem, combien d'étoiles au Michelin?.
Bien sûr, ça n'empêche pas les frictions et les commentateurs (encore eux) se régaleront des petites phrases et des mouvements d'humeur de ces messieurs-dames qui afficheront leur incompréhension de ne pas être reconnus à leur juste valeur par leurs "amis" ou au moins à leur poids électoral dans leur canton.
La constitution des listes du PS en a fait rire beaucoup et c'est déjà un succès. Pas autant que "Bienvenue chez les Ch'tis" mais quand même. Que cela ne nous fasse pas oublier le potentiel comique que récèle la soudaine passion pour l'Europe née dans le coeur de Rachida Dati. Que cela ne nous fasse pas mépriser les listes à petits moyens (pas seulement intellectuels) telle celle que constitueront les chasseurs alliés à Philippe de Villiers. Franchement, qu'est-ce qu'il a appris à l'ENA? On se le demande. Bousiller une carrière politique si bien commencée. Ce n'était pas la peine que ses parents lui fassent faire de bonnes études!
Tout ça fait penser que l'Union Européenne, à part se faire mal voir des Européens, n'est pas encore une réussite.
Mais au fait, qu'est-ce que l'Europe? Au début, on comprenait: plus de guerres entre les anciens ennemis, un marché unique, une communauté de destin. Et puis ça a commencé à devenir de plus en plus précis et partant de moins en moins clair. On a vu se multiplier des réglementations technocratiques sur les sujets les plus divers (la courbure du concombre, par exemple), on a vu naître des lobbies bruxellois. On a compris à notre grande stupeur que quarante pour cent du budget européen passait dans les subventions agricoles et qu'à ce titre nous subventionnions la reine d'Angleterre et le prince de Monaco, agriculteurs méritants selon les critères de la PAC.
A l'est de l'Allemagne, au sud-est de l'Autriche, les frontières ont commencé à être élastiques, puis floues et enfin perméables.
"Alors", me direz-vous, "que faut-il en conclure?". Je vous répondrai qu'à défaut de participer à la construction de l'Europe, ces élections permettront aux partis nationaux de renforcer ou de défendre leurs positions nationales. Et c'est d'ailleurs ainsi qu'ils les envisagent dans la perspective des présidentielles de 2012. Ce qui leur permettra de se compter et enfin (!!!) d'élaborer un programme pour les présidentielles de 2017 qui elles-mêmes ...
Et nous? Qui est-ce qui se préoccupe de notre Europe?