Avez-vous remarqué que tous les chefs d'état français se paient de temps en temps (le plus souvent en hiver) un petit voyage "nostalgie coloniale" histoire de conforter leur complexe de supériorité le plus primaire en rencontrant leurs sujets lointains? Les "journalistes accrédités" sont coutumiers de l'exercice. Les pères ont filmé de Gaulle, Pompidou, Giscard, les enfants, Mitterrand et Chirac. Ils commencent donc -et nous aussi!- à être habitués à ce marronnier.
Ces jours-ci, c'est au tour de Sarko. Et comme aux autres, on lui a fait la totale. La recette est éprouvée depuis que Potemkine faisait visiter la Russie à Catherine II. On a juste ajouté le côté tropical:
- ciel bleu et palmiers pour le décor. Si on voit la mer, c'est mieux.
- accueil par des officiels en tenue blanche éblouissante. On regrette que le casque colonial soit passé de mode.
- accueil "à la mode du pays" avec nombreux colliers de fleurs (obligatoire).
- passage devant des autochtones vêtues de robes chamarrées toutes neuves (et toutes pareilles). Stéatopyges et trémoussantes les autochtones, si possible.
- musique folklorique et bruyante que le président écoute avec un sourire figé. S'il y a des tam-tam et des danses, là aussi c'est mieux.
- discours des élus locaux qui confortent leur pouvoir en se faisant les interprètes des revendications de leurs électeurs pour désamorcer les critiques d'être des "harkis".
- réponse présidentielle en trois points: promesses, promesses et promesses.
- le discours est toujours le même: développement économique (les nouvelles technologies?), alignement sur la métropole, répression des abus, faveurs spéciales, dérogations, subventions, exceptions et protection assurée de la mère-patrie "qui ne vous laissera jamais tomber".
Le tout est sévère certes, il faut ce qu'il faut, juste, ce qui est rassurant mais en fin de compte paternel. Surtout paternel, donc indulgent. La République est notre mère, certes, mais c'est Papa qui distribue l'argent de poche.
Et on rentre à Paris. Les meilleures choses ont une fin.
Quel temps fait-il à Paris?