Le troupeau est fatigué, il y a trop longtemps qu'il marche. Plus il avance, plus l'herbe se fait rare, plus les mares où il s'abreuve se rétrécissent. Il y a quelque temps déjà que certains de ses membres qui ne faisaient plus confiance aux chefs, sont allés chercher de leur côté des pâturages plus gras et de l'eau plus abondante. Quant aux vieux mâles qui, il y a peu, faisaient encore trembler la savane de leurs barrissements sonores, ils ont disparu ou survivent solitaires en regardant de loin ceux qu'ils ont abandonnés. Ou qui les ont abandonnés, qui sait?
La vieille matriarche qui marche en tête s'est épuisée à combattre sa rivale à peine plus jeune qu'elle mais qui, puisqu'elle était la compagne du précédent mâle dominant, croyait pouvoir s'assurer la suprématie sur le groupe.
Et voilà que la grande éléphante voit son autorité contestée à nouveau par un jeune mâle qui la croit devenue trop faible et estime venu le moment de s'affirmer. A chaque barrissement de celle qui s'obstine à regrouper le troupeau autour d'elle, il répond par un barrissement de défi.
Le plus triste dans le drame qui se joue, c'est qu'ils semblent perdus. Ceux qui les observent de loin et qui suivent leur progression jour après jour, se sont aperçus qu'ils tournent en rond.