Conscients (enfin!) du ridicule de certaines réglementations européennes, ridicule qui rejaillissait sur leurs importantes fonctions et donc sur leur prestige personnel, les eurocrates de Bruxelles ont décidé de supprimer quelques unes des dispositions que, dans l'intérêt de tous (et pas seulement pour occuper leurs loisirs ou pour jouir de leur parcelle de pouvoir), ils s'étaient appliqués à prendre après moult réunions, études préalables, concertations, consultations, négociations et déjeuners de travail.
Parmi celles-ci figure celle qui définit la courbure maximale du concombre européen. On craint que la banane ne soit l'objet d'une mesure similaire.
Vous ricanez. Vous avez tort.
Pensez à la quantité de travail et aux efforts déployés pour, à travers ces quelques règles de bon sens parce qu'absurdes, inculquer aux européens le respect dû au nouveau pouvoir auquel il devaient se soumettre.
N'oubliez pas ces consciencieux rédacteurs de règles que la suppression de leurs oeuvres mûrement pesées, risque de plonger dans le découragement sinon dans la dépression; certains seraient même tentés de se laisser aller à abandonner la tâche et déserter les chantiers ouverts (on désespère déjà de voir un jour publiés les textes qui devaient régir le diamètre et la couleur de la barbe-à-papa); d'autres envisageraient même de chercher un travail honnête.
Mais la plupart se retrouveraient sans gagne-pain et avec eux tous les titulaires d'emplois induits. Car qui dit règle dit publication, impression, diffusion de formulaires puis contrôle, procès-verbaux, sanctions, procédures, appel etc.
On oublie trop souvent ce que la croissance de notre économie doit aux obscurs tâcherons qui veillent sur la courbure de nos concombres.
Le chômage menace l'Europe. N'en rajoutons pas!