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30 octobre 2014 4 30 /10 /octobre /2014 10:05

On a le droit (nous sommes, paraît-il, en démocratie) d'être critique à propos du barrage de Sivens. Son utilité publique est contestable et, s'il est construit, il profitera à une poignée d'agriculteurs (dont on ignore encore le nombre, les chiffres variant entre une vingtaine et plus de quatre vingts) qui veulent cultiver du maïs dans un endroit qui n'est pas fait pour ça et qui, comme le dit l'auteur de ce blog, "vendraient leur mère pour un verre d'eau" afin d'irriguer leur pognon.

Les "Jeunes agriculteurs" (jeunes jusqu'à quand?) soutiennent le projet, la "Confédération paysanne" est contre. Les écologistes défendent une zone naturelle. Le président PS du conseil général (les élus aiment bien les "grands travaux") a fait voter le projet, les contribuables sont plus réservés.

Agriculteurs contre paysans, écolos contre aménageurs, élus contre citoyens, qui a raison? Et en quoi la mort d'un jeune manifestant permet-elle de juger de la réelle utilité du barrage?

Utilisant leur droit à manifester, des opposants à ce barrage se sont réunis sur le chantier. Ils entendaient faire de leur manifestation une action pacifique.

On commence à le savoir, une manifestation de ce genre entraîne obligatoirement la présence préventive de forces de l'ordre mais aussi attire ceux que l'on a pris l'habitude d'appeler des "casseurs", des militants de groupuscules anarchistes violents qui, en affrontant les forces de l'ordre, cherchent dans une manifestation de ce genre l'occasion d'enclencher un cycle provocation-répression pour faire basculer de leur côté la majorité non-violente et se donner le prétexte à de nouvelles manifestations "contre la police".

Alors, comment la gendarmerie et son commandement n'ont-ils pas estimé les risques? Pourquoi ont-ils envoyé de si faibles effectifs qui, au lieu du maintien de l'ordre en ont été réduits à livrer une bataille, d'abord pour dissuader leurs agresseurs ensuite pour se défendre? Les videos qui circulent sur le net le montrent bien. Les gendarmes répliquent à des cocktails Molotov par des grenades d'abord lacrymogènes ensuite offensives. Ceux qui sont assez vieux pour avoir été -comme on disait-, "sous les drapeaux" ont pu expérimenter l'effet de ces engins qu'on aurait bien du mal à confondre avec des confettis.

Les fautes sont multiples qui ont abouti à la mort de Rémi Fraisse et à son indécente exploitation politique de l'extrême droite à l'extrême-gauche.

Celle du commandement des forces de l'ordre qui, je l'ai dit, n'a pas su évaluer la situation pourtant évidente et les risques que faisait courir la présence des groupes violents au milieu d'un rassemblement pacifique.

Celle de ceux qui ont élaboré une doctrine du maintien de l'ordre qui envisage un affrontement proche de la guerilla comme un processus normal alors qu'il ne devrait être qu'exceptionnel et n'être que la conséquence d'une mauvaise estimation ou de mauvais renseignements.

Celle de ceux qui ont autorisé la fourniture et l'usage de ces grenades qui sont des matériels de guerre.

Et outre les fautes, il y a les crimes ou au moins les graves délits.

Ceux qui ont voulu au profit de leur idéologie, détourner une manifestation contre un projet local d'aménagement en bataille contre le système.

Ceux qui ont avec préméditation et en préparant du matériel dangereux projeté d'attaquer les gendarmes avec l'intention de blesser sinon de tuer.

Ceux qui ont risqué (ou projeté) de faire blesser et de faire tuer, en se mêlant à eux, des manifestants pacifiques.

Ceux qui ont délibérément cherché la bavure et espéré pouvoir revendiquer un martyr de la répression.

Ceux qui ont réussi à faire tout ça.

Et puis il y a ceux qui exploitent sans vergogne la mort d'un jeune homme dont on ne sait encore s'ils faisait partie des violents ou des pacifiques.

Ceux qui sont contents (même s'ils disent le contraire) d'avoir trouvé l'occasion de crier à la répression policière.

Ceux qui utilisent cette mort comme une argument contre la construction du barrage.

Ceux qui en profitent pour mettre dans le même sac, les défenseurs de l'environnement et les Mamère-Duflot.

Ceux qui font semblant de confondre gauche et gauchisme, Verts et écologistes, manifestants et anarchistes.

Ceux qui comparent la mort de Rémi Fraisse avec celle de Malik Oussekine, non pas pour la déplorer (ou sinon du bout des lèvres) mais pour souligner que si la droite était au pouvoir, la gauche se ferait entendre beauoup plus fort.

Et tous ceux que j'ai oubliés. Qu'ils me pardonnent de ne pas les citer. J'espère que je les ai quand même énervés.

Voilà.

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commentaires

fanfanchatblanc 01/11/2014 12:07

J'ai cru comprendre que Rémi Fraisse était étudiant en matière d'environnement et fils d'un élu écologiste. Il me semble donc qu'il avait toute sa place dans cette manifestation pacifique à
l'origine.
Quant aux casseurs d'où qu'ils viennent et quels qu'ils soient ils ne dérogent pas aux us et coutumes. J'ai souvenir des manifs à Paris et ailleurs qui se terminaient systématiquement par des
bagarres et casses diligentées bien souvent par des mouvements politiques ayant intérêt à ce que ce soit la pagaille et surtout que dans l'esprit des gens les revendications soient dévoyées et
critiquées.
Là à la différence des manifs dont les organisateurs ont leur propre service d'ordre limitant quelque peu les débordements durant les manifs.
Là ceux qui occupent le terrain et qui espèrent naïvement être entendus ne semblent pas être très organisés.
Quant aux forces de l'ordre elles ont démontré leur incapacité à maintenir l'ordre. C'est grave, grave également l'exploitation de la mort de ce jeune homme.

Pangloss 01/11/2014 12:36



N'oublions pas que certaines violences sont commises par des gens qui se fichent du motif de la manifestation mais qui saisissent l'occasion pour soit casser "pour le plaisir", soit exprimer
ainsi une contestation plus globale du système. Leur violence est une provocation à la répression dont ils pourront ensuite tirer argument.



michel-la-six 31/10/2014 01:04

Bravo l'Artiste ! Si Vous le permettez. Connaissant "LE Pangloss", comme on dit (LA) Sévigné, Vous avez fait effort et j'en mesure l'ampleur, pour faire que le propos reste bien balancé entre
Pour-Sots et Cons-Très-Fous. Ah les Cochons ! Là je parle de Nous, pas des Cent ou deux Cents mais de la Foultitude de Ceux qui se devraient à la même réaction d'un bon sens qui se perd en immédiat
plaisir ou déplorable crainte de s'oser Citoyen. Qu'On Vous approuve ou non mais au moins qu'On s'exprime si On veut exister, se prétendre Existant. J'applaudis aux Haroun, aux Zaza et Les (trop
peu) Autres et je Vous dis Merci. michel-la-six.

Pangloss 31/10/2014 11:07



Que de compliments! Je vais essayer d'en mériter encore et j'espère queZaza, Haroun et les autres en prendront leur part.


Bonne journée.



Christine 31/10/2014 00:55

Parfait ce billet.
Parfait.

Dr WO 30/10/2014 20:41

Article équilibré. A présent les manifestations dégénèrent presque toujours. Violences contre violences, les uns pour attaquer, les autres pour se défendre.
Dr WO

Pangloss 31/10/2014 11:03



Elles dégénèrent car il semble que la violence soit nécessaire pour démontrer le "sérieux" des revendications. Et, bien sûr, elles sont l'occasion que recherchent les "casseurs".



geo 30/10/2014 19:07

bonne analyse, qui a la mérite de poser de bonnes questions...
peut être que viendront un jour , les bonnes réponses..
merci l'ami...
quand à la mort de gamin c'est con....mais comme tu le dit que faisait il là...mauvais endroit au mauvais moment.....
amicalement

Pangloss 30/10/2014 19:56



Il y a des endroits qu'il faut savoir éviter. Pour ma part, je suis contre les manifs. je n'aime pas la foule.


Bonne soirée.



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